Quand la poésie répare ce que les murs ont brisé

Il y a des moments où la parole cesse d'être un simple outil de communication pour devenir un acte de résistance.

Le 20 janvier 2021, face au Capitole encore meurtri par les assauts de la division, une jeune femme frêle de 22 ans, vêtue de jaune solaire, a fait taire le fracas du monde avec un poème : "The Hill We Climb".

Pourquoi cette prise de parole est-elle monumentale ?

Parce qu’elle nous rappelle que la voix, même la plus douce, est plus solide que n’importe quel mur de béton.

La force de la diction "percutée"

Ce qui frappe chez Amanda Gorman, c'est le contraste. Elle semble fragile, mais sa diction est une lame de fond.

  • Le rythme poétique (Le Flow) : Elle utilise des allitérations et des rimes internes qui agissent comme un battement de cœur. Elle ne lit pas un texte, elle le fait pulser.

  • La gestuelle de précision : Regardez ses mains. Chaque geste souligne un mot, comme une chef d’orchestre qui dirige l’espoir. Elle transforme l'espace autour d'elle en un lieu de possible.

Le message : Des ponts plutôt que des murs

Alors que l'ombre d'une rhétorique de "dictature" et de repli, portée par des figures comme Donald Trump, plane souvent sur le débat public, Amanda Gorman prend le contrepied total.

Là où certains prônent la construction de murs physiques et symboliques contre l'étranger, elle rappelle l'urgence de "construire des ponts".

C’est ici que l’ironie de l’histoire américaine est soulignée avec une finesse chirurgicale.

Elle parle d’un pays "inachevé". Elle n'ignore pas que le sol américain est imprégné du sang des peuples autochtones et des cicatrices de l’esclavage. Mais elle choisit de ne pas s'arrêter à la tragédie.

L'amour devient notre héritage, et le changement notre droit de naissance. La parole qui vient du cœur (et des tripes)

L'impact de Gorman réside dans sa capacité à transformer la douleur en héritage. Elle nous dit que la parole doit venir du cœur pour être entendue, mais qu'elle doit aussi avoir le courage d'affronter la vérité.

Être fier d'être Américain (ou d'appartenir à n'importe quelle nation), ce n'est pas nier les horreurs du passé, c'est avoir le courage de dire : "Nous ferons mieux".

L'enseignement pour nous : La folie des hommes et la violence des discours de domination (ceux que nous évoquions dans l'article sur les masculinistes) ne peuvent être vaincues par une violence égale. Elles sont vaincues par une parole qui a la clarté du cristal et la force de l'amour.

Le Challenge : Cœur et Courage

Amanda Gorman termine par ces mots : "Car il y a toujours de la lumière, si seulement nous sommes assez courageux pour la voir. Si seulement nous sommes assez courageux pour l'être."

Votre défi : Dans votre prochaine prise de parole (même petite), essayez de remplacer un mot de "jugement" par un mot de "liaison". Cherchez le pont, même infime, avec votre interlocuteur. Avoir le courage d'être la lumière, c'est aussi cela, le Happy Talk.

Anne Van den Sande

Conférencière "La Prise de Parole n'est pas une Prise de Tête"

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